Gevrey-Chambertin, une longue histoire

Le nom même de Gevrey fait référence au trait principal du paysage, la combe Lavaux. Il est issu de gibriacus, le gave, le torrent dévalant la colline.


Vue aérienne de la fouille archéologique montrant les alignements de fosses de plantation de vigne romaine (taches sombres). Les points blancs matérialisent au sol une ferme ancienne datée de l’âge du fer (INRAP, 2008)

La période gallo-romaine

Réputée cultivée en Bourgogne depuis l’arrivée des romains il y deux mille ans, la culture de la vigne est attestée à Gevrey. Une vigne romaine a été mise au jour à l’est de la commune.

Elle est située en bas de coteau, sur une pente quasiment nulle, où cette vigne occupe un terrain propice, très drainant, à l’extrémité du vaste cône alluvial qui s’est épandu au débouché de la Combe Lavaux.

L’implantation de cette vigne est probablement associée à un grand domaine gallo-romain (villa).

Le nom du premier cru La Romanée témoigne également de la présence romaine sans attester pour autant la nature viticole de l’occupation du territoire.

Du Moyen Age à la Révolution française (1789)

L’époque médiévale voit le développement intensif de la vigne à Gevrey-Chambertin. Les moines liés aux autorités religieuses des abbayes de Bèze, Cluny, Langres, ont fortement structuré le vignoble gibriaçois par une présence importante et très ancienne.

Des parcelles situées à Chenôve, Marsannay-la-Côte, Couchey et Gevrey furent données par le duc de Bourgogne Amalgaire en 630 pour fonder l’abbaye de Bèze. Le Clos de Bèze est considéré comme le plus ancien clos bourguignon, présente une superficie inchangée depuis sa création. Il fut vendu vers 1217 au chapitre de la cathédrale de Langres, mais garda son nom originel.

En 895, Richard le Justicier, duc de Bourgogne, offre des terres à vignes situées à Gevrey à l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Dès le XIe siècle, et jusqu’à la Révolution française, l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon possède l’aumônerie de Gevrey et les parcelles associées, qui sont aujourd’hui en particulier le Clos des Ruchottes et le Clos de Fonteny.

Situé à proximité de l’église, un cellier (XIIIe - XIVe siècle) encore existant aujourd’hui, destiné à recevoir les dîmes perçues par les chanoines de Langres, atteste de l’activité viticole de cette époque.

L’abbé de Cluny devient seigneur de Gevrey lorsque les sires de Vergy lui cèdent ses droits. Sur les vestiges d’un bâtiment élevé à la fin du treizième siècle par Yves II de Chassant, abbé de Cluny, s’élève aujourd’hui un château du quinzième et seizième siècle. Le prieur de cette abbaye a laissé son nom au clos éponyme (Clos Prieur Haut et Clos Prieur Bas).

Le vignoble de Gevrey est fortement marqué par la présence de l’abbaye de Cluny, aussi les possessions cisterciennes sont-elles peu nombreuses, la léproserie (aujourd’hui démolie) étant le seul élément majeur connu de l’implantation de l’ordre cistercien à Gevrey-Chambertin.

La période moderne

La cave de Louis XVI est solidement pourvue en bons millésimes de vins de Gevrey : en 1783, 100 bouteilles de Chambertin millésimé 1778 et 185 bouteilles de Chambertin de 1774 y sont inventoriées.

Claude Jobert, marchand de vin du XVIIIe siècle, sut valoriser fortement le Chambertin. Il paie même pour adjoindre le nom du cru à son patronyme, Jobert de Chambertin. Son hôtel particulier existe toujours, rue du Chambertin.

Le Chambertin a également trouvé en l’empereur Napoléon Ier un ambassadeur convaincu puisqu’il en fit son vin préféré.

L’ajout de Chambertin au nom de Gevrey est accordé en 1847 par ordonnance royale de Louis-Philippe. Premier village de la Côte à avoir obtenu le droit d’associer le nom de son grand cru prestigieux au nom de la commune, il est suivi par la majorité des villages viticoles de la Côte.

Jules Lavalle en 1855 établit les bases d’une hiérarchie définitivement adoptée en 1936 et définissant alors les quatre niveaux d’appellation, régionale, village, premier cru et grand cru, tous présents à Gevrey-Chambertin.

Figure locale, Gaston Roupnel (1872-1946), historien et écrivain ruraliste, fait l’éloge de son village et décrit la vie quotidienne des
vignerons dans son roman Nono.

Un patient travail de mise en valeur des lieux

Au fil des ans, les vignerons ont su conserver, transmettre et enrichir leur histoire. Aujourd’hui, les terroirs viticoles de Gevrey-Chambertin sont le résultat de la superposition de tous ces événements historiques interagissant de manière étroite avec les facteurs du milieu.

La lente et complexe relation entre les hommes et leur pays, qui se révèle dans le vin qu’ils produisent, fait du terroir une notion vivante, évoluant au cours du temps.

Gevrey-Chambertin a su garder au cours des siècles son authenticité, exprimant avec force ses terroirs, assise évidente de son avenir.

Etudes et cartes :
Françoise Vannier-Petit
Photographies :
Françoise Vannier-Petit,
Valérie Huguenot Office de tourisme du canton de Gevrey-Chambertin