Marsannay, profondeur de l’histoire

L’ancienneté, la qualité et la notoriété des vins produits par les trois communes (Chenôve, Marsannay-la-Côte et Couchey) qui composent l’appellation Marsannay ne sont plus à démontrer.

A l’époque Gallo-Romaine :

La vigne est cultivée sur la Côte de Nuits dès les premiers siècles de notre ère, comme en témoignent les deux stèles funéraires gallo-romaines de vignerons trouvées à Marsannay-la-Côte.

Les romains ont également laissé leur empreinte dans le paysage : une partie du parcellaire de l’appellation
Marsannay est encore structurée selon une métrique rigoureuse où les principaux chemins viticoles s’organisent selon un réseau régulier.

Du Moyen Age à la Révolution Française (1789)

Les nombreux ordres religieux sont les premiers à développer une viticulture de qualité. Dès 658, la célèbre abbaye de Bèze est dotée de pièces de vigne à Marsannay-La-Côte et Couchey. En 882, le prieur de Saint-Etienne de Dijon devient propriétaire de sept pièces de vignes à Marsannay, au lieu-dit «Les Crais». A Chenôve, le chapitre cathédral d’Autun possède le bâtiment et le clos du Chapitre, cultivé en plants fins dès l’an mille.

Les ducs de Bourgogne ont su mettre en valeur les vignobles proches de la capitale bourguignonne, car ils ont besoin de vins de très grande qualité pour asseoir leur prestige. Ils possèdent le « Clos-de-Récille » (cinq journaux, soit env. 1,5 ha) à Marsannay-la-Côte, mais surtout, dès 1238, un vaste clos à Chenôve, le Clos des Ducs, aussitôt rebaptisé « Clos du Roy » après la défaite de Charles-le-Téméraire face à Louis XI en 1477.
L’édification à Chenôve, au XIIe siècle, par le duc Eudes III, d’une imposante cuverie abritant deux puissants pressoirs démontre la capacité à vinifier de grandes quantités de raisins dans un souci de qualité.

Comme l’écrit Courtépée au XVIIIe siècle, « Chenôve avait un très bon vignoble, les fruits y étaient excellents, et si les vins sont gardés cinq à six ans, ils deviennent comparables à ceux de Nuits ». Dès 1648, les fruits sont récoltés à un prix bien supérieur à ceux de communes aujourd’hui très réputées comme Gevrey-Chambertin. Les crus de Chenôve font partie des rares vins présents à la table de Louis XIV et de Louis XVI, et exportés vers l’étranger.Colombier du monastère de Saint Urbain
Manuscrit de 1238 où Alix de Vergy, mère du duc de Bourgogne Hugues IV, cite les pressoirs de Chenôve : ...«super torcular meum de Chenove»...

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle

Bien que certains climats (ou lieux-dits) bénéficient jusqu’au XIXe siècle d’un classement équivalent aux grands
crus actuels (classification de J. Lavalle, 1855), la proximité de Dijon et de sa population grandissante entraîne une plantation massive de Gamay pour répondre à l’abondante demande de vin de table. La prospérité économique des villages de l’appellation n’a pas été entamée dans les années 1930, au moment où sévit une crise dans le monde viticole bourguignon, crise qui engendre la mise en place des AOC. Le besoin ne s’en faisant pas sentir, il n’a pas été envisagé de demander en 1936 le classement des vignes de l’appellation Marsannay.

Toutefois, le souci de qualité toujours présent chez les viticulteurs a rapidement entraîné la replantation des vignes en Pinot Noir, et l’obtention de l’AOC Marsannay par décret du 19 mai 1987 a ouvert une nouvelle voie pour la reconnaissance de la qualité et de la notoriété des vins.

L’appellation Marsannay est dotée d’un dynamisme et d’une créativité empruntés à sa jeunesse, qualités s’appuyant
sur l’histoire millénaire de son vignoble et qui lui confère la pleine expression de sa maturité. La qualité du
travail accompli en vingt-cinq ans par les deux générations qui se relaient actuellement dans les domaines a permis d’obtenir une reconnaissance internationale à travers des exportations vers tous les continents, et une place de choix sur toutes les grandes tables.
La nouvelle génération de viticulteurs exigeants, curieux et ouverts, a hérité des générations précédentes d’un esprit de solidarité et d’un fort attachement à ses terroirs. Animée de l’ambition de mieux faire à chaque millésime, cette grande famille a la volonté de progresser dans le respect de la tradition et du savoir-faire bourguignon.


Etudes et cartes :
Françoise Vannier-Petit
Photographies :
Françoise Vannier-Petit,
Valérie Huguenot Office de tourisme du canton de Gevrey-Chambertin